mes copines
ma plus belle histoire d'amour
Il faut retrouver du familier quelque part, mais je ne connais pas leur couleur préférée, le contenu de leur sac seulement.
Je sais qui fume des cigarettes longues et qui ne boit qu’une bière parce que sinon c’est trop, celles qui se couchent tôt et celles qui ne dorment pas. L’antadys pour les douleurs de règles, la pilule microdosée qui n’est pas la mienne, rarement des mouchoirs mais un briquet jaune, rose, peu de briquets ronds1.
Des chargeurs des mégots du tabac et des livres, mes amies ont toujours des livres à défaut d’avoir des poches. Je sais ce qui est nouveau et ce qui est emprunté, chacune un baume à lèvres, nous avons les mains sèches. Des portefeuilles ou des cartes. Des bagues, des colliers, les boucles d’oreilles les cheveux relevés.
La forme des sacs aussi, en cuir et les tote-bags en toile, parfois un sac à dos, la besace, et les chaussures aussi, des tampons, les alarmes, 18 heures trente, 22 heures 26. On s’assoit, les jambes serrées, croisées, une idée du bonheur les terrasses avec mes copines.
Aucune pudeur, parler de tout, la table où on s’assoit devient le lieu de nos histoires, peu importe les histoires, parfois les inconnus autour rougissent, qui parle de sperme sur un trottoir ? Les éclats de rire Boulevard du Temple, les éclats de rire à République, Strasbourg Saint-Denis, Odéon parfois, Nation, nos éclats de rire et nos retrouvailles. Ce qui est doux en terrasse ou sur la table du fond, ce qui est doux, les sacs sur les genoux, on rit chaque fois qu’on se retrouve. Les tickets de caisses de nos soirées, plein d’histoires, toujours des histoires, des centaines de messages qui racontent des histoires. Le sirop de violette, le coca, jamais light parce que c’est dégueulasse2, le coca zéro pour certaines, le vin, le rosé les glaçons. Mes copines aussi on pleure en terrasse, on rit et on pleure et le bras ou la main qui touche la mienne ou le bras et qui frotte ma manche, ça va aller, on est là.
Il y a les robes que je mets pour mes amies et celles que je mets pour le travail. Il y a les hommes qui nous entendent rire ou qui nous regardent, ceux qui nous parlent parfois, ceux gênés de nos histoires de cul, on parle fort, autour il n’y a jamais personne la fumée et les mains, sur la table parfois on se prend la main, quand l’histoire est un peu dure on se touche le genou. Décrire l’amour c’est écrire leurs prénoms.
Il y a les sentiments qu’on connaît et puis ceux qu’on déteste, la honte, le regret et la gêne, le ridicule, les inconnus de ces soirées, tout se dire et puis tout accepter, se regarder dans la glace c’est leur dire après le premier verre, leur avouer qu’on lui a renvoyé un message, c’est dire “on ne s’est pas protégé”, c’est dire “je pense toujours à lui”, l’inavouable ou le nul, avouez ce qui est un peu con, perdre le charisme avec lequel on se déguise en ville pour être là, devant elles. Je mens moins à mes amies qu’à mon journal intime. Préférer leurs yeux aux miens, je me déteste autant que je les aime.
Souvent une main pour la fumée l’autre pour le verre de vin, mes cocktails préférés sont ceux de mes amies, d’avec mes amies, je n’aime rien que je n’ai pas partagé. Le parapluie, l’écharpe, on se prête des pulls, si jolie la ville quand on marche dans les rues ensemble, si douce la ville, chez nous la ville dans laquelle on se retrouve, dehors plus souvent que dans un canapé, pourquoi s’habiller alors si on reste chez soi ?
Le rouge à lèvre ou le baume, du gloss l’été parfois, arriver à la table et puis les compliments, toujours la peau, le haut, le sac, les sourcils qui montent on se serre la taille, les bisous aussi, la tendresse de ces filles quand on se voit, toujours « ça me fait plaisir de te voir », toujours, merci pour ce soir, toujours. S’il y avait une manière d’aimer plus pure elle n’existerait pas sans nous.
Ce qui est doux c’est de connaître leur parents, leurs frères et soeurs et leurs maisons aussi, c’est d’avoir déjà ri à table, les avoir vues en pyjama. Je les ai vues pleurer aussi, le mascara qui coule ou les yeux bouffis, inquiètes, je les ai vues de l’un à l’autre, heureuse, on rit, on rigole tout le temps. Je les ai serrées dans mes bras et je connais tous leurs parfums, j’ai pleuré devant elles, on a mangé ensemble, parfois toutes les semaines parfois longtemps on ne se voit pas, le bar, pas celui-là, un autre.
Ce qui est doux, les retrouvailles, la commande au serveur, ce qui est doux, les voir arriver, les soirs qui descendent, un escalier une rue, les voir arriver, et là sourire, on sourit, on se retrouve.
Nos amitiés les vivre comme les histoires d’amour et elles durent plus longtemps, c’est quoi le plus joli d’ailleurs, les vivre ou les raconter ?
Les hommes qui nous font pleurer, ceux qu’on aime, ceux qu’on aimait, ceux qui nous déçoivent et ceux qu’on a oublié, la tendresse quand on baisse les yeux, la tendresse quand la voix tremble, ça va aller. Ça va aller. La certitude qu’elles seront là, tomber amoureuse et le raconter, la certitude qu’elle seront là, les ruptures, le coeur cassé leur raconter.
Parfois juste écouter les autres, parfois la tête sur une épaule, parfois le baume à lèvres. Quand on rentre, tu m’écris quand tu rentres, hein ? Inquiète. Les rendez-vous médicaux, on les raconte on ne les raconte pas, le traitement, la marche à suivre, où est-ce que tu as mal et puis l’avenir aussi, l’avenir. Quand vous aurez vos poussettes, le mariage, quand on sera vieilles.
Dédicace à mon amie Clo qui passe la conférence des avocats de Paris, merde merde merde je t’aime fort et je sais que tu es la meilleure.
Coupure pub :
J’ai écrit un roman que vous pouvez acheter sur internet (ici) ou commander dans votre librairie préférée pour me faire de la pub et dire “Mais comment ça, vous n’avez pas ce best-seller, cette pépite, dans votre librairie ? Mais c’est fou pourtant, tout le monde en parle” et le tour est joué, vous aurez quelque chose à lire et un libraire sera intrigué à l’idée de commander Parfois colère (c’est le titre de mon livre).
Cette stratégie est recommandée par une très bonne copine qui l’a faite dans sa librairie de quartier (Hello Clothilde -inventrice- et Jean et Martin qui l’avez utilisée hihi).
Vous pouvez aussi laisser un commentaire sur le site de la Fnac ou sur Google pour dire que c’est super si vous avez aimé. Merci Lucas et Victor pour les vôtres.
Les droits d’auteure (que je toucherai en mars) seront versés intégralement au Planning Familial parce que pouvoir disposer de son corps c’est pouvoir être soi.
Si vous habitez près de Chaville dans le 92, je serai à la librairie de La Pointe pour une séance de dédicaces le 6 décembre !
Le mois de novembre est le Mois sans Tabac, si vous voulez de l’aide pour arrêter vous pouvez vous rendre en pharmacie pour recevoir un kit d’aide à l’arrêt de la clope.
Je pensais que le coca light n’existait plus mais apparemment si.


J’ai adorée!
❤️❤️ c'est beau les déclarations d'amour aux amies.. surtout quand on reconnaît un peu les siennes. Très joli texte